Comme je lis ça un peu partout et que j’en ai assez de toujours me répéter, voici les cinq préjugés à propos de Freenet qui n’ont pas (plus) lieu d’être :
1. Freenet est compliqué à utiliser
C’est sûrement le préjugé le plus faux de tous. Depuis l’introduction des niveaux de sécurité, il est très simple de configurer un noeud. Le nouvel installeur Windows est performant et il y a toujours l’installation avec un installeur Java ou bien en headless pour les autres machines. Je suis d’accord pour dire que fms n’est par exemple pas utilisable par n’importe qui, mais Freetalk sera très, très bientôt disponible, et il sera directement intégré dans le noeud.
Si vous ne me croyez pas, vous croirez peut-être l’auteur de l’article sur The Guardian :
Installing the software takes barely a couple of minutes and requires minimal computer skills. You find the Freenet website, read a few terse instructions, and answer a few questions [...] Then you enter a previously hidden online world.
Traduction approximative pour les non-anglophones : installer le logiciel prend à peine quelques minutes et demande très peu de connaissances techniques. Vous allez sur le site de Freenet, lisez quelques instruction et répondez à quelques questions [...] Ensuite vous pouvez entrer dans un monde auparavant caché.
2. Freenet n’a aucun contenu
Il y a du contenu. Il n’est juste pas servi sur un plateau d’argent comme sur le web classique. Il y a les forums de discussion (fms, Freetalk), un plugin IRC (frirc, encore en développement), un plugin permettant de publier des blogs simplement (FlogHelper, développé et maintenu par moi même).
Il y a également l’index par défaut, assez conséquent, permettant à Library (le plugin permettant de faire des recherches) de trouver des résultats. Et si ça ne produit aucun résultat convaincant il y a toujours les indexes. Même si la quantité d’informations stockées n’est pas du tout du même ordre de grandeur que sur le web classique, il est faux de dire qu’il n’y a rien.
3. Il y a déjà Tor, I2P, …
Oui mais non. Ça ne fonctionne pas de la même façon. Tor est exactement l’opposé de Freenet. Tor permet d’accéder au web classique, Tor publie une liste de tous les noeuds de sortie, Tor ne stocke pas de données d’une façon décentralisée.
D’une façon générale, Tor et I2P n’ont pas de datastore distribué, Freenet oui. Qu’est-ce qu’un datastore distribué ? C’est ce qui fait que quand vous insérez du contenu dans Freenet, personne ne peut le supprimer. Et plus le contenu est populaire, plus il se répand et est stocké chez de nombreuses personnes. Il a donc moins de risques d’être effacé par un autre contenu nouvellement inséré. D’ailleurs, si vous coupez votre noeud, le contenu que vous avez inséré est toujours accessible. Le fait qu’il soit distribué (et décentralisé) fait qu’il n’y a pas un unique point d’échec. Tor et I2P ne fonctionnent pas selon ce principe ; l’anonymat fourni n’est pas le même.
Disons pour résumer que le seul point commun entre Freenet, Tor et I2P est qu’ils sont tous les trois des logiciels de P2P utilisant la cryptographie. Mais c’est tout, le fonctionnement, les objectifs et les moyens ne sont pas du tout les mêmes.
4. Freenet est inutile
Pas du tout. Il y a déjà des pays qui en ont besoin, comme par exemple en Chine, en Corée du Nord ou la liberté d’expression sur Internet n’est pas garantie. Cela pourrait aussi devenir le cas en Europe dans un futur plus ou moins proche… Freenet garantit une liberté d’expression non restreinte permettant de s’exprimer sans pour autant révéler son identité. L’idéal pour contrer la censure.
Je vous rappelle aussi qu’il est beaucoup plus simple de conserver sa liberté d’expression quand on la possède encore que de la regagner lorsqu’on l’a perdue.
5. Freenet est lent
Rappelez-vous que plus un contenu est populaire, plus il se propage et donc plus il devient facile d’y accéder. La place est limitée, on ne peut pas tout conserver. On obtient quand même de très bons taux de transferts (de l’ordre de 100 KiB/s) sur les gros fichiers populaires.
Comparé au web classique, ça n’est pas aussi rapide du tout. Même si grâce au « Client Cache » les sites que vous visitez deviennent rapidement accessibles après.